L’essentiel à retenir
- Le ferraillage d’une longrine associe des aciers longitudinaux (les filants qui reprennent la flexion) et des cadres qui les ceinturent, le tout noyé dans le béton.
- Repères courants : filants en HA10 à HA16, cadres en HA6-HA8 espacés de 15 à 25 cm et resserrés près des appuis, enrobage de 3 à 5 cm, recouvrement d’environ 50 fois le diamètre.
- Le coffrage doit être d’équerre, étanche et bien calé ; des cales d’enrobage empêchent l’acier de toucher le fond ou les parois.
- Ces repères aident à comprendre, mais le ferraillage définitif relève d’un plan de béton armé (Eurocode 2, DTU 13.x) validé par un bureau d’études.
Vous préparez une longrine pour un mur, une extension ou un portail, et vous butez sur la même question que tout le monde : combien d’aciers faut-il mettre, de quel diamètre, et comment les disposer sans se tromper ? Le ferraillage d’une longrine a l’air intimidant, avec ses HA12, ses cadres et son enrobage. En réalité, une fois qu’on a compris le rôle de chaque acier, tout devient beaucoup plus logique.
On va voir ça ensemble, tranquillement. Mon but n’est pas de vous transformer en ingénieur béton, mais de vous donner des repères clairs pour comprendre votre plan et éviter les erreurs qui coûtent cher. Je vous préviens tout de suite : ici, je reste sur le ferraillage et le coffrage proprement dits. Pour choisir entre longrine, semelle ou chaînage, c’est un autre sujet, et nos conseils sur les fondations vous aideront à trancher en amont.
Une longrine bien ferraillée, c’est une poutre en béton armé qui « fait le pont » au-dessus du sol et ne se fissure pas au premier hiver. Voyons comment y arriver, du choix des aciers au contrôle final avant de couler.
À quoi sert le ferraillage d’une longrine ?

Avant de compter les barres, comprenons ce qu’on demande à une longrine. Ce n’est pas un simple bloc de béton posé au sol : c’est une poutre qui travaille. Elle relie des appuis (plots, semelles isolées, pieux) et porte le poids du mur au-dessus du vide, comme une planche posée entre deux tréteaux ploie sous une charge. C’est cette flexion que le ferraillage doit maîtriser.
La longrine, une poutre qui fléchit
Quand une longrine porte une charge entre deux appuis, sa partie inférieure s’étire (elle est tendue) et sa partie supérieure se comprime. Au-dessus d’un appui, c’est l’inverse. Cette gymnastique invisible explique tout : on place les aciers là où le béton risque de s’ouvrir. Je ne refais pas ici la comparaison entre longrine, semelle et chaînage, mais retenez qu’une longrine se calcule comme une véritable poutre, à la façon d’une poutre retroussée qui reprend des efforts importants.
Pourquoi le béton a besoin d’acier
Le béton est un champion de la compression : on peut l’écraser très fort sans qu’il cède. Mais dès qu’on l’étire, il se fissure pour presque rien. L’acier, lui, adore la traction. En les mariant, on obtient le béton armé : chacun fait ce qu’il sait faire, et le duo empêche la longrine de se fendre en dessous. C’est pour ça qu’on ne coule jamais une longrine « à blanc », sans armature : elle tiendrait un temps, puis une fissure ouvrirait franc le jour où le terrain travaille un peu ou qu’une charge s’ajoute au-dessus.
Le béton encaisse la compression, l’acier reprend la traction : ensemble seulement, ils forment une longrine qui ne se fissure pas.
Filants, cadres et étriers : qui fait quoi
Un ferraillage se lit en deux familles. Les aciers longitudinaux, ou « filants », courent sur toute la longueur, en haut et en bas : ce sont eux qui reprennent la flexion. Autour d’eux, les cadres (des boucles fermées) et les étriers maintiennent l’écartement des filants et encaissent l’effort tranchant, cette force qui tend à cisailler la poutre près des appuis. L’ensemble forme une cage d’armatures rigide.
Quels aciers pour ferrailler une longrine : diamètres, cadres, enrobage

Passons aux chiffres, ceux que vous verrez sur un plan. Je vous donne des fourchettes courantes pour comprendre la logique, pas des valeurs à recopier les yeux fermés : la section exacte dépend de la portée, des charges et de votre sol. Ce tableau est une boussole, pas une note de calcul.
| Élément du ferraillage | Repère courant | À quoi ça sert |
|---|---|---|
| Aciers longitudinaux (filants) | HA10 à HA16 (souvent 4HA12 à 6HA16) | Reprendre la flexion, en haut et en bas |
| Cadres / étriers | HA6 à HA8 | Ceinturer les filants, reprendre l’effort tranchant |
| Espacement des cadres | 15 à 25 cm en travée ; ~10 à 15 cm près des appuis | Éviter le flambement et la fissure de cisaillement |
| Enrobage (béton autour des aciers) | 3 cm (intérieur sec) à 4-5 cm (extérieur, humide) | Protéger l’acier de la corrosion |
| Recouvrement de deux barres | ~40 à 60 fois le diamètre (repère ~50 φ) | Transmettre l’effort d’une barre à la suivante |
| Rayon de cintrage d’un acier HA | ~5 fois le diamètre | Plier sans amorcer de fissure dans l’acier |
Les aciers longitudinaux : diamètre et nombre
Sur une longrine de maison individuelle, on retrouve très souvent 4 à 6 barres filantes en HA12 ou HA14, réparties en deux nappes : une en haut, une en bas. Plus la portée entre appuis est grande, plus la flexion augmente, et plus on monte en diamètre (jusqu’au HA16, voire au-delà). Pour une petite longrine de portail, on descend parfois à du HA10. L’idée à retenir : les filants du bas sont vos aciers de traction principaux, on ne les sacrifie jamais.
Les cadres et étriers : diamètre et espacement
Les cadres se font en HA6 ou HA8, pliés en rectangle autour des filants et ligaturés au fil de fer recuit. Leur espacement n’est pas constant : on les resserre près des appuis, là où l’effort tranchant est maximal (souvent 10 à 15 cm), et on les espace un peu plus en travée (20-25 cm). Comme sur une échelle, on rapproche les barreaux là où on prend le plus appui.
L’enrobage : combien de béton autour des aciers
L’enrobage, c’est l’épaisseur de béton entre l’acier et la surface. Il joue un rôle vital : un acier trop proche du bord rouille, gonfle et fait éclater le béton. En milieu sec on vise environ 3 cm, en extérieur ou en fondation humide plutôt 4 à 5 cm. On garantit cette distance avec des cales d’enrobage (petites pièces plastique ou béton) clipsées sous et autour de la cage. Pour approfondir la logique du béton armé, l’institut technique Infociments propose des ressources fiables.
Le recouvrement : raccorder deux barres
Une barre d’acier fait rarement toute la longueur voulue. Pour prolonger un filant, on ne bricole pas : on fait chevaucher les deux barres assez pour que l’effort passe de l’une à l’autre. Le repère courant est d’environ 50 fois le diamètre (soit ~60 cm pour du HA12). On décale les recouvrements d’une barre à l’autre et on les évite dans les zones les plus sollicitées.
💡 Astuce — Notez la règle mémo « 50 φ » : pour tout recouvrement, multipliez le diamètre de la barre par 50. HA10 → ~50 cm, HA12 → ~60 cm, HA16 → ~80 cm. C’est un ordre de grandeur pratique sur le chantier, à ajuster selon le plan.
Le coffrage de la longrine, étape par étape

Le meilleur ferraillage du monde ne sert à rien si le coffrage qui l’entoure est de travers ou fuit de partout. Le coffrage de la longrine donne sa forme au béton et maintient les aciers en place le temps du coulage. C’est là que se joue la géométrie finale.
En vidéo : le coffrage d’une longrine avant coulage, geste par geste (chaîne Mael immobilier et services).
Préparer le fond : propreté et béton de propreté
Avant tout, le fond de fouille doit être propre, stable et de niveau. On retire les terres remaniées et on compacte le fond, car une longrine posée sur un sol meuble finira par bouger. On coule ensuite un béton de propreté (une fine couche de 3 à 5 cm, faiblement dosée) : il isole les aciers de la terre et offre une surface plane pour poser les cales. C’est une étape qu’on est tenté de sauter, à tort : c’est elle qui garantit un enrobage régulier en sous-face.
Tracer et vérifier l’équerrage (méthode 3-4-5)
Une longrine de travers, et c’est tout le bâtiment qui suit. Pour vérifier un angle droit sans équerre de chantier, la méthode 3-4-5 est imparable : sur un côté je mesure 3 m, sur l’autre 4 m, et la diagonale entre ces deux points doit faire exactement 5 m. Si oui, l’angle est droit. Ce vieux truc de charpentier ne coûte rien.
Monter un coffrage étanche et bien calé
Les banches ou planches doivent être parfaitement calées : le béton frais pèse lourd et pousse fort sur les parois. La hauteur du coffrage correspond à la section de la longrine (par exemple 20 x 30 cm ou 15 x 35 cm) ; au-delà d’une certaine hauteur, on relie les deux faces par des tiges ou des entretoises pour qu’elles ne s’écartent pas. On étaie régulièrement, on vérifie l’aplomb, et on colmate les fuites avant de couler (une jointure ouverte laisse fuir la laitance et crée des nids de cailloux). Un coffrage huilé se démoule plus proprement, et on attend le durcissement suffisant du béton avant de décoffrer. Quand vous préparez le béton, notre repère sur le dosage et le coût du béton évite d’en manquer.
Poser le ferraillage d’une longrine pas à pas

On a les aciers, on a le coffrage : place au montage. Voici la méthode dans l’ordre, celle que suivent les maçons. Prenez votre temps sur chaque étape, car une fois le béton coulé, plus rien n’est rattrapable.
- Vérifier le fond de fouille et couler le béton de propreté pour partir d’une base plane et propre.
- Monter le coffrage d’équerre (méthode 3-4-5), le mettre de niveau et le caler solidement.
- Assembler la cage d’armatures : positionner les filants haut et bas, enfiler les cadres et tout ligaturer au fil de fer.
- Poser les cales d’enrobage sous et sur les côtés de la cage pour garantir les 3 à 5 cm de béton partout.
- Soigner les recouvrements et les angles : chevauchement d’environ 50 φ, équerres de liaison pour assurer la continuité.
- Contrôler l’ensemble puis couler le béton en le vibrant pour chasser les bulles d’air.
Assembler la cage d’armatures
La cage se monte souvent hors coffrage, sur des tréteaux, puis on la descend en place. On ligature chaque croisement au fil recuit, sans serrer à l’excès : le nœud doit tenir, pas cisailler l’acier. Une cage bien ligaturée est rigide et ne se déforme pas quand le béton arrive.
Positionner les cales d’enrobage
C’est le détail qui fait toute la différence de durabilité. Sans cales, la cage repose au fond et l’acier affleure : rouille garantie. On clipse des cales tous les 50 à 80 cm, en dessous et sur les faces, pour que la cage « flotte » à bonne distance de chaque paroi. Vérifiez qu’aucune barre ne touche le coffrage.
Contrôler avant de couler
Dernier coup d’œil, le plus important. Je vérifie : les diamètres et le nombre de barres conformes au plan, l’enrobage régulier partout, les recouvrements en place, les cadres resserrés aux appuis, et le coffrage propre et sans fuite. Une photo horodatée de la cage avant coulage est un excellent réflexe : elle documente le ferraillage réel, invisible une fois le béton pris.
Erreurs fréquentes et rôle du bureau d’études

La plupart des longrines qui fissurent ne souffrent pas d’un manque d’acier, mais d’un défaut de mise en œuvre. Voici les pièges les plus courants, et le moment où il faut passer la main à un professionnel.
Les erreurs qui fragilisent une longrine
- Enrobage insuffisant : la cage posée à même le fond, sans cale — l’acier rouille et fait éclater le béton.
- Cadres trop espacés ou oubliés près des appuis, là où l’effort tranchant est le plus fort.
- Recouvrements trop courts : l’effort ne passe pas d’une barre à l’autre, la longrine se comporte comme si elle était coupée.
- Filants inversés : oublier la nappe basse, celle qui reprend la traction, est une faute majeure.
- Béton mal vibré : des nids de cailloux laissent l’acier à nu et créent des points faibles.
Repères ≠ note de calcul : l’Eurocode 2 et le DTU 13
Je le répète parce que c’est essentiel : tous les chiffres de cet article sont des ordres de grandeur pédagogiques. Le ferraillage réel se calcule à partir des charges, de la portée et d’une étude de sol, selon l’Eurocode 2 (NF EN 1992-1-1) et les DTU 13.x pour les fondations. Ce calcul produit un plan de béton armé signé par un bureau d’études structure. Des repères aident à comprendre et à contrôler ; ils ne remplacent jamais une note de calcul.
Le ferraillage ne s’improvise pas : ces repères éclairent la logique, mais seul un plan de béton armé validé engage la solidité de votre longrine.
Cas particuliers : redressement, portail, terrain difficile
Certaines situations changent la donne. Une longrine de redressement, qui rattrape l’excentrement d’une semelle en limite de propriété, subit des efforts spécifiques. Une longrine de portail (surtout coulissant) encaisse le poids et les vibrations du vantail. Sur un terrain argileux, en pente ou remblayé, l’étude de sol devient incontournable. Dans tous ces cas, ne vous fiez pas à un ferraillage « standard » : faites établir un plan. Si vous préparez un chantier plus large, nos conseils pour réussir vos travaux et notre point sur les dimensions des parpaings complètent cette base.
⚠️ Important — Une longrine porte une partie de votre bâtiment. En cas de doute sur les charges, la portée ou la nature du sol, faites valider le ferraillage par un professionnel. Le coût d’une étude est sans commune mesure avec celui d’une reprise de fondation.
FAQ : vos questions sur le ferraillage d’une longrine
Comment choisir le diamètre des armatures d’une longrine ?
Le diamètre dépend de la portée entre appuis et des charges portées. En repère, on trouve souvent du HA12 ou HA14 en filants sur une maison individuelle, du HA10 sur une petite longrine de portail, et du HA16 sur les grandes portées. Le choix définitif se fait par calcul (Eurocode 2), à partir d’une étude de sol.
Quelle est la longueur de recouvrement usuelle ?
Le repère de chantier est d’environ 50 fois le diamètre de la barre : soit ~50 cm pour du HA10, ~60 cm pour du HA12, ~80 cm pour du HA16. On décale les recouvrements des différentes barres et on évite de les placer dans les zones les plus sollicitées. La valeur exacte figure sur le plan de béton armé.
Quel enrobage prévoir pour les aciers ?
Comptez environ 3 cm de béton autour des aciers en milieu intérieur sec, et plutôt 4 à 5 cm en extérieur ou en fondation exposée à l’humidité. Cet enrobage protège l’acier de la corrosion. On le garantit avec des cales d’enrobage clipsées sous et autour de la cage d’armatures.
Faut-il resserrer les cadres près des appuis ?
Oui. C’est aux appuis que l’effort tranchant, qui tend à cisailler la longrine, est le plus fort. On y resserre donc les cadres (souvent 10 à 15 cm) et on peut les espacer davantage en travée (jusqu’à 20-25 cm). La répartition précise est indiquée sur le plan.
Comment vérifier l’équerrage avant de coffrer ?
Utilisez la méthode 3-4-5 : mesurez 3 mètres sur un côté, 4 mètres sur l’autre, et la diagonale entre ces deux points doit faire exactement 5 mètres. Si c’est le cas, votre angle est parfaitement droit. C’est simple, gratuit et fiable pour un coffrage bien géométrique.
Peut-on ferrailler soi-même une longrine de fondation ?
Le montage de la cage et le coffrage sont accessibles à un particulier bricoleur soigneux. En revanche, le dimensionnement (diamètres, sections, nombre de barres) doit venir d’un plan de béton armé validé par un bureau d’études, surtout si la longrine porte une partie de la structure. On exécute un plan, on ne l’invente pas.









